Aucune lumière au bout du tunnel d’Assmaâ Rakho-Mom: trajet du « fils de Zahwa ».

Assmaâ Rakho-Mom est une journaliste, correctrice et écrivaine. Elle publie, en 2017, son deuxième roman, “le fils de Zahwa”.

L’intrigue se déroule au Maroc, entre Settat qui se situe à la campagne et les bidonvilles de Casablanca. Le lecteur suit les aventures de Zahwa et de sa famille. Celle-ci se marie avec Madani, un homme qui bien qu’il puisse paraître oisif, vit avec les traumatismes de la guerre qu’il a livrée pour la France avant de finir dans les camps de travail allemands. Si jeune, mais déjà usé par la vie Madani est un homme brisé qui ne parvient plus à apprécier les bonheurs de la vie et tente tant bien que mal de remporter son combat intérieur. 

C’est dans ce contexte que Zahwa va donner naissance à 5 enfants, dont le premier-né, Amine. Zahwa tient absolument à ce que, contrairement à elle, ses enfants aillent à l’école et c’est pour cette raison qu’elle souhaite vivre à Casablanca bien que cela ne fasse pas l’affaire de Madani qui est très attaché à sa campagne natale.Le conflit à ce sujet va provoquer, dans un premier temps, une séparation physique entre le couple, qui vit à distance pendant de longues années. Plus tardivement ils finissent par mettre un terme à leur union. 

Après l’histoire de Zahwa, c’est sur son premier-né, Amine, que l’intrigue va se concentrer. En tant qu’ainé de la famille, Amine se doit d’arrêter l’école prématurément afin d’aider sa mère à subvenir aux besoins de la famille et permettre ainsi à ses frères et sœurs de continuer leur éducation. Malgré sa déception d’avoir dû quitter les bancs de l’école, Amine prend son rôle à cœur, et il est très débrouillard, il parvient facilement à apporter sa contribution aux revenus familial. Parallèlement, il développe une passion pour la photographie. Le lecteur assiste alors au quotidien de la famille avec les habituels conflits dans la fratrie et les défis auxquels doivent faire face toutes les familles. 

Arrive ensuite le décès de Madani qui achèvera de propulser Amine dans le monde des adultes. À la fin des années 60, le jeune garçon entend alors parler de ces Marocains qui partent en France, pays de tous les malheurs, où son père a perdu le goût de vivre. Il ne comprend alors pas pourquoi ces jeunes prennent cette décision. Cependant, un jour, l’un de ses amis le pousse à aller voir ce que proposent ces Français. Juste par curiosité, Amine s’aventure alors pour rencontrer les recruteurs. Leur discours est bien rodé et leurs arguments font mouche. Motivé par le désir d’apporter de meilleurs moyens à sa famille, le jeune homme ne met pas longtemps à prendre sa décision et signe alors un contrat dont il ne peut même pas lire les clauses exactes. Zahwa est effondrée de cette nouvelle, mais ses efforts sont vains, le contrat est signé et elle ne parviendra pas à convaincre son fils de rester auprès d’elle. Quelques semaines plus tard, Amine s’en va rejoindre la France avec l’idée en tête d’y rester juste le temps de se faire un peu d’argent. Il va alors commencer par travailler dans la fonderie Jacob Delafon où les conditions de travail sont déplorables. Amine doit supporter une chaleur intense, mais aussi une souffrance physique effroyable. En effet les employés sont usés jusqu’à la moelle et travaillent comme des machines. En plus de ça, cet emploi est d’une dangerosité extrême. Effectivement, Amine risque sa vie chaque jour. Il n’est pas si rare qu’un employé de la fonderie meurt accidentellement brûlé. Dans ce pays où il ne connaît ni la langue ni la culture Amine est perdu et commence à entrevoir un retour imminent sur sa terre natale. Au bout d’un mois, ses collègues et Amine désirent faire part de leur mécontentement à un responsable. Ce dernier leur fait alors signer sans qu’ils ne le sachent leur démission. 

Amine va alors commencer à travailler pour l’usine Simca dans l’industrie automobile qui lui offre des conditions de travail bien plus acceptables que dans la fonderie. Peu à peu, il se familiarise avec ce pays dont il maitrise de mieux en mieux la langue grâce, notamment, à son travail acharné. Amine sort et se promène dans Paris, mais jamais le soir, car il a peur. Peur de faire de mauvaises rencontres et d’être victime d’un passage à tabac. Ses aînés ainsi que ses camarades l’ont bien avisé, les Maghrébins sont souvent pris pour cible donc il se doit de rester prudent. S’en suit ensuite son mariage avec sa cousine, Souad, avec qui il ne tarde pas à avoir des enfants. Mais il devra patienter avant d’avoir la chance de pouvoir partager leur quotidien, car il n’est pas si simple de les faire venir en France. Le lecteur fait parallèlement face aux difficultés de Souad, seule au Maroc avec ses enfants qui doit affronter l’animosité de sa belle-mère Zahwa qui aurait préféré voir son fils choisir une autre femme pour épouse.

Au fil des mots, on mesure le sacrifice d’Amine pour offrir à sa famille une meilleure vie ainsi que le déchirement de sa mère qui voit son fils s’en aller et qui ne peut le vivre autrement que comme un abandon. 

Une fiction-documentaire, nous livrant des informations sur le quotidien dans les bidonvilles de Casablanca ainsi que sur les conditions déplorables dans lesquelles travaillent les immigrants en France. Ces derniers se voient alors promettre monts et merveilles, mais sont ensuite exploités honteusement. De la campagne marocaine à l’ancienne métropole, le roman illustre merveilleusement le tunnel dans lequel vit des gens défavorisés, sans une lumière au bout, aucune.

Un livre qui se dévore d’une traite, à noter que les dialogues sont écrits en arabe et traduits en français ce qui accentue le côté authentique au livre. Le seul petit bémol est que parfois tous les termes ne sont pas traduits, si cela ne nuit en rien à la compréhension de l’histoire ça peut être frustrant pour le lecteur non arabophone. 

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