Panel de discussion – Droits des femmes au Québec: quelle place pour les femmes musulmanes ?

Ce qui a motivé l’organisation de ce panel est la persistance dans l’espace politique et médiatique de conversations autour du voile, évocatrices de l’épisode bien trop récent de la charte des valeurs du gouvernement péquiste. En effet, la CAQ a réactualisé le débat d’abord avec la loi 62, puis à nouveau avec la récente proposition de loi qui interdirait les signes religieux dans certains postes de la fonction publique.

Cette tendance à vouloir contrôler les corps des femmes racisées n’est pas un phénomène récent puisqu’il s’inscrit dans un continuum colonial qui reste largement méconnu de la majorité. De plus, la légifération de la manière dont les femmes musulmanes se présentent dans l’espace public n’est pas une originalité québécoise, puisque la France, la Belgique et d’autres pays ont adopté différentes lois interdisant le port du voile et voient régulièrement apparaitre dans l’espace médiatique et politique des discours sur le sens du voile, la liberté des femmes, la compatibilité de l’islam et de la modernité, la laïcité, les valeurs québécoises, les valeurs républicaines, etc.

Les rhétoriques et arguments changent et s’adaptent au contexte, mais la formule reste la même: les polémiques se font au détriment des femmes et des communautés musulmanes de qui l’on parle sans cesse, mais avec qui l’on ne dialogue que très peu, ignorant ainsi complètement les voix des premières concernées. Ainsi on renie l’agentivité même de ces femmes que l’on prétend vouloir libérer, les réduisant en objet de débat, simultanément victimes et coupables d’une oppression qu’on ne cesse de leur réexpliquer.

Dans un contexte où les droits des femmes et leur égalité avec les hommes sont considérés comme des valeurs intrinsèquement québécoises, une question nous semble essentielle : lorsqu’il est question des droits des femmes, de quelles femmes parle-t-on et quelle place accorde-t-on aux droits des femmes musulmanes ? C’est donc dans le but de répondre à ces questions, tout en mettant de l’avant des perspectives trop peu entendues, que nous organisons ce panel.

Les panélistes :

Saaz Taher est doctorante au Département de science politique de l’Université de Montréal (en co-direction avec l’Université de Genève) et membre du Groupe de recherche interuniversitaire en philosophie politique (GRIPP), ainsi que du Centre de recherche sur les politiques et le développement social (CPDS). Sa thèse porte sur l’analyse du discours public autour de l’interdiction de la burqa en Suisse et au Québec. Elle s’intéresse plus largement à la théorie politique de la citoyenneté et de l’intégration, aux théories féministes ainsi qu’aux théories critiques de la race. Elle est également la co-directrice de l’ouvrage collectif Les défis du pluralisme: Au-delà des frontières de l’altérité (Presses de l’Université de Montréal, 2018).

Leila Bdeir enseigne au Collège Vanier au département des humanities ainsi que dans le programme Women and Gender Studies. Elle a cofondé la collective des féministes musulmanes du Québec et milite à Montréal depuis 1999 au sein des communautés féministes, anti-racistes, anti-imperiales et musulmanes.

Alia Al-Saji is Associate Professor of Philosophy at McGill University (Montreal, Canada). Her research brings together critical phenomenology, French philosophy, feminist philosophy, and critical philosophy of race. Running through her work is an abiding interest in themes of time, racialization, and embodiment, the intersection of which she seeks to elaborate. 

She has written on: “The Racialization of Muslim Veils: A philosophical analysis” (Philosophy and Social Criticism, 2010). Al-Saji’s recent work argues for the philosophical, political, and lived importance of hesitation, notably in her essay: “A Phenomenology of Hesitation: Interrupting racializing habits of seeing” (in Living Alterities: Phenomenology, Embodiment, and Race, SUNY, 2014).

She is currently completing a monograph on Hesitation: Critical Phenomenology, Colonial Duration, and the Affective Weight of the Past. In this book, she elaborates a philosophy of time as embodied, intercorporeal, and racialized in light of the work of Bergson, Fanon, and Merleau-Ponty and in dialogue with critical race, decolonial, and feminist philosophies. Al-Saji is editor of the Feminist Philosophy section of the journal Philosophy Compass and co-editor of the Symposia on Gender, Race, and Philosophy.

Safa Chebbi est étudiante à la Maîtrise en sociologie à l’UQAM. Elle s’implique depuis plusieurs années dans des causes visant la justice sociale, avec un intérêt particulier pour la lutte antiraciste dans une perspective décoloniale. Elle est membre cofondatrice de la Table de Concertation contre le Racisme Systémique et la vice-présidente de l’organisme Alternative .
Elle a été également coordinatrice de programmes à la Fondation Filles d’Action et elle a travaillé spécifiquement sur le développement des espaces d’échange sécuritaires et inclusifs pour les filles de la région de Montréal. En 2016, Elle a fait partie du collectif d’organisation du Forum Social Mondial 2016 de Montréal, le plus grand rassemblement de la société civile au monde.

Huda Mzioudet est une journaliste tunisienne et chercheure en affaires Nord Africaines. Elle enseigne actuellement l’anglais langue seconde à l’Académie Ibn Sina à Montréal-Nord. Elle a contribué à plusieurs recherches et réflexions menées par notamment Al Jazeera English, HuffPost Arabi, BBC, Deutsche Welle et Radio Canada Première Chaîne. Houda s’est impliquée dans diverses organisations et centres de recherches mondiaux (think-tanks) tels que : Brookings Institution, USIP, Carnegie Endowment for International Peace, German Council for Foreign Relations et Oxfam, notamment. Elle a co-écrit un livre (avec Megan Bradley et Ibrahim Fraihat) intitulé « Libyan Displacement Crisis: Uprooted by Revolution and Civil War » (Georgetown University Press, 2016). Activiste de la société civile, elle a obtenu une maîtrise en études culturelles à l’Université de Manouba à Tunis (Tunisie) en 2005. Elle est membre du parti Québec Solidaire où elle a fait du bénévolat pendant les élections d’Octobre 2018 pour la campagne de la candidate de Mont-Royal-Outremont, Eve Torrès. Elle est aussi membre des Femmes Noires Musulmanes du Québec où elle participe aux activités du collectif et était paneliste dans une de leurs conférences sur le les relations inter-communautaires complexes et être noire musulmane au Québec. Son travail en tant qu’éducatrice dans une école musulmane lui a permis de prendre conscience des défis que rencontrent les femmes musulmanes surtout voilées dans le domaine de l’enseignement.

Notre médiatrice

Détentrice d’un baccalauréat en psychologie et d’une maîtrise en communication politique, Khaoula Zoghlami est actuellement doctorante et chargée de cours au département de communication de l’Université de Montréal. Son mémoire de maîtrise a porté sur les luttes pour la reconnaissance des québécoises musulmanes de deuxième génération portant un foulard islamique, durant le débat sur la charte de la laïcité en 2013-2014. Dans ses recherches actuelles, elle s’intéresse aux enjeux entourant la représentation politique des groupes minorisés et racisés au Québec. Elle est également membre de la collective des féministes musulmanes.

Date : le vendredi, 5 avril 2019 à 17h.

Lieu : Université de Montréal, 3200 rue Jean-Brillant, B-2325

Réservation : www.eventbrite.paneldroitsdesfemmesmusulmanes

(Entrée gratuite, mais réservation obligatoire)

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