Point sur la bataille de Deir Ezzor

Deir Ezzor, le 4 janvier 2014. Credit photo : Ahmad Aboud/AFP/Archives

 

Quelques mois après le début du conflit en Syrie, le territoire du pays se trouve divisé entre le régime, qui réussira à garder la capitale et l’ouest du pays, et l’opposition qui contrôlera petit à petit le nord et l’est de la Syrie. La semaine dernière, la bataille de Deir Ezzor a débuté, cependant peu de médias nous rapportent les faits malgré l’importance de celle-ci. Située dans l’est de la Syrie, au bord de l’Euphrate, et composée de près de 300 000 habitants avant la guerre, Deir Ezzor est la capitale de l’Est syrien. Nous jugeons donc utile d’expliquer dans les paragraphes qui suivent l’importance de la reprise de cette ville.

Gwendal Le Beulze* 

Plus de la moitié de la ville de Deir Ezzor était soumise à un blocus de la part de soi-disant État islamique pendant près de trois ans. En effet, en 2014, les différentes défaites de l’armée syrienne dans le gouvernorat de Deir Ezzor ont coupé tout lien entre la ville, sa population, réduite à 100 000 habitants, et le reste de l’État syrien. Durant plus de 3 années, les hommes de la garde républicaine syrienne, dirigée par le célèbre Major-Général Issam Zahredinne, ont alors résisté au siège de Daesh.

Cela fait maintenant quelques jours que la bataille a commencé avec la forte ascension du Major-Général Souheil Al-Hassan, officier réputé pour avoir mené les plus grandes batailles de l’armée syrienne, telle que celle de Palmyre, d’Alep ou encore de Homs. Ces deux officiers accompagnés de leurs hommes ont réussi à briser le blocus imposé par l’État islamique et sont donc en bonne position pour reprendre la région et la ville aux mains des hommes du Calife autoproclamé. Des vivres ainsi que de nombreux produits de première nécessité ont été largués par hélicoptère dans cette zone difficile par le gouvernement et l’ONU.[1]

Aujourd’hui, le samedi 9 septembre, l’armée syrienne a brisé le siège de l’aéroport militaire de Deir Ezzor[2]. Cette libération de l’aéroport entrainerait une accélération des différentes opérations, tant bien militaires qu’humanitaires dans la région. Mais, qu’est-ce que la libération de cette ville présage? 

 

Signification de la libération de Deir Ezzor : 

En ce qui concerne la lutte antiterroriste, Bachar al-Assad, ainsi que Poutine s’affirment en tant que leader de cette lutte en donnant, une nouvelle fois, un coup dur à Daesh. L’État islamique se trouve alors en position de faiblesse en perdant ses positions autour des rives de l’Euphrate et ses différents puits de pétrole. Avec leurs différentes défaites, que ce soit en Irak ou en Syrie, les combattants de Daesh ont alors rassemblé leurs dernières forces dans la région de l’Euphrate, mais se retrouvent coincés entre les forces du gouvernement syrien aidées des Russes et les forces irakiennes appuyées par les Américains.[3] Daesh ne possédant dorénavant plus de grande ville (à part la ville de Rakka) et se retrouvant dans un espace moins important d’un point de vue économique et stratégique qu’auparavant, les hommes de l’État islamique reprendraient alors une forme de clandestinité et accentueraient les attentats en Syrie, en Irak ou encore dans les pays européens[4]. Leur tactique pourrait dorénavant changer.

À la lutte antiterroriste, s’ajoute la signification de la bataille à l’est de la Syrie à l’égard de l’imposition de l’unification du pays. Depuis le début de la guerre, il a été avancé que le gouvernement syrien ne chercherait qu’à sécuriser la région étalée de Damas jusqu’à Lattaquié, la province syrienne à majorité alaouite, située au nord-ouest de la Syrie, laissant tomber le reste du territoire. Derrière cette supposition, il y a l’hypothèse que le régime tenterait de protéger les minorités alaouites, s’éloignant du projet national. En ce sens, le retrait de l’armée syrienne de plusieurs régions ne serait pas une tactique militaire basée sur une analyse rationnelle des forces et des faiblesses de l’armée, mais une stratégie reflétant la nature religieuse du régime lui-même. Il a même été dit, comme le titrait le journal Time « Why Syrian President Bashar Assad won’t fight ISIS » que le président syrien ne mène réellement pas la guerre face a l’État islamique [5], ce qui alors s’avère totalement faux. Une fois la « Syrie utile » sécurisée, c’est-à-dire tout l’Ouest syrien, les forces de Bachar al-Assad ont eu pour objectif de reprendre le reste de la Syrie pour la recomposer telle qu’elle fut auparavant. Il restera ensuite la question kurde à traiter.

L’élimination de Daesh et le contrôle de l’est du pays renforceraient la position du gouvernement syrien dans les négociations à venir. Assad n’a jamais été dans une aussi bonne posture. La reprise de Deir Ezzor facilitera la libération des quelques villes se situant sur les rives de l’Euphrate, au sud de Deir Ezzor, telles qu’Al Mayadin et la ville d’Idlib. Si avant cette bataille on pouvait estimer que 50% du territoire appartenait au gouvernement syrien, 23% aux Kurdes et 15% à Daesh[6], à la suite de cette reprise, Assad ne cessera de gagner du terrain. Cela fait de lui un acteur en position de force et pourra donc s’avancer sur les différentes tables de négociations avec les puissances occidentales. Il n’aura pas cédé aux pressions des dirigeants occidentaux et reste à la tête de son pays.

Voilà ce que la bataille de Deir Ezzor signifie, un changement tactique de la part de Daesh et la volonté pour le gouvernement syrien d’unifier toute la Syrie, en se plaçant en tant que leader dans ce conflit. Il restera alors la grande question des Kurdes à régler. Bachar al-Assad acceptera-t-il de s’asseoir à la table des négociations?

*Gwendal Le Beulze est responsable de la communication à l’Association et étudiant en études intenationales à l’Université de Montréal 

[1]L’armée syrienne brise le piège de Deir Ezzor. Middle East Eye

[2]Syrie: l’armée met fin au siège de l’EI à l’aéroport de Deir Ezzor, Le Point, 09/09/2017

[3]En déroute, en Irak et en Syrie, l’EI se replie dans le désert. L’express

[4]Isil leader « planing fresh wave of attacks » in revenge for defeats in Iraq and Syria, leading Iraqi official says. The telegraph 7 septembre 2017

[5]Why syrian president won’t fight ISIS Times 26 février 2015

[6]En déroute, en Irak et en Syrie, l’EI se replie dans le désert. L’express

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