Les attaques chimiques en Syrie

syrie

Credit photo : Liveuamap

Mardi dernier, la ville Khan Sheikoun a subi une attaque à l’arme chimique. 86 victimes ont été recensées, notamment des enfants. Différentes versions ont été transmises par les médias. D’un côté, les médias occidentaux, de l’autre les médias pro-russes. Les visions de ces médias sont différentes et nous ne cherchons pas à émettre une hypothèse plus qu’une autre. Ce texte a uniquement pour but de pousser à la réflexion sur l’aspect moral et logique de ce qui vient de se passer en Syrie.

Gwendal Le Beulze* 

Les médias mainstream accusent Bachar Al-Assad d’avoir fait usage de l’arme chimique à l’encontre de son peuple, ce qui provoque une indignation de la part de nombreux Occidentaux. Les gouvernements syrien et russe démentent ces accusations et affirment avoir visé un entrepôt composé d’armement appartenant aux rebelles. Dans cet entrepôt s’y trouvaient des armes chimiques. Nous ne remettons en cause aucune des deux versions, mais nous en venons à nous demander quel aurait été l’intérêt du régime syrien d’user de l’arme chimique envers sa population?

Al-Assad est victorieux dans cette région de la Syrie. La semaine dernière, différents articles mentionnent que pour Washington, le départ du président syrien « n’est plus une priorité ». Il y a trois jours, nous apprenons également que Tulsi Gabbard, représentante des États-Unis, aurait obtenu un numéro privé du président syrien lors de sa visite en Syrie en janvier dernier. Elle aurait mentionné un appel possible de Donald Trump. Cela montre bien une volonté de la part des États-Unis de renouer le contact perdu avec la Syrie.[1]

En ce qui concerne l’arme chimique, Bachar ne l’aurait utilisé que maintenant alors qu’il aurait pu le faire bien avant pour protéger ses troupes, et éviter la perte estimée à près de 100 000 de ses soldats et des forces alliées. Il aurait également pu l’utiliser lorsqu’il était en position de faiblesse, ou encore pour sortir de batailles bien plus complexes. Nous pensons notamment aux troupes de l’armée syrienne repoussant sans cesse les attaques de Daesh à Deir ez-Zor, ville se situant à l’est de la Syrie, enclavée dans un territoire contrôlé par les troupes d’Abou Bakr al-Baghdadi. Il est possible d’argumenter que Al-Assad a utilisé les armes chimiques en 2013 lors du massacre de la Ghouta. Toutefois, l’ONU n’a jamais confirmé que cette attaque avait été effectuée par le régime  syrien et le Massachusetts Institute of Technology (MIT) a montré que les tirs provenaient des zones rebelles.[2]

Puis, pourquoi utiliser cette arme lorsqu’on sait que les médias occidentaux sont concentrés sur la guerre syrienne, et non pas sur d’autres batailles comme la bataille stratégique de Mossoul en Iraq, ou pire encore, celle du Yémen? Vu que ces batailles sont menées par les États-Unis et ses alliés, les médias ferment les yeux.

User de l’arme chimique ne résoudrait rien et ne ferait qu’empirer les choses pour le président syrien, qui n’a pas été en une si bonne posture depuis de nombreuses années. Il perdrait alors une partie du soutien international et la crédibilité envers son peuple.

Ces événements seraient-ils dans l’espoir de gagner la bataille médiatique et récompenser les pertes du terrain subies par les rebelles depuis plusieurs mois ? La réponse n’est nullement facile. Lors des moments critiques dans une guerre, les objectifs derrière les événements sont difficilement identifiables, et il faudrait attendre la suite des choses avant de bien comprendre le but principal d’une telle ou telle attaque. Un premier élément à prendre en considération dans l’analyse ne se fait pas attendre. Comme nous avons pu le constater, l’enquête n’est pas terminée qu’une cinquantaine de missiles Tomahawk se sont déferlés cette nuit sur une base aérienne située à Sheyrat, près de Homs, en provenance des navires américains situés au large de la Syrie. En plus de permettre une meilleure compréhension des événements de mardi, les frappes américaines sont l’exemple parfait de l’influence des médias sur les différentes actions de nos dirigeants politiques, et de leur capacité à provoquer une escalade en l’espace de quelques heures.

[1]Syrie : La surprenante offre de Donald Trump à Bachar Al Assad. www.madaniya.info

[2]Rapport : « Possible Implications of Faulty US Technical Intelligence in the Damascus Nerve Agent Attack of August 21, 2013 »

* Gwendal Le Beulze est étudiant en études intenationales à l’Université de Montréal 

 

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s