Les relations entre la Turquie et l’Union européenne

1019923894Credit photo : © AP Photo/ Osman Orsal

Les tensions montent entre la Turquie et ses voisins européens à la suite de l’interdiction par le gouvernement néerlandais de l’atterrissage de l’avion du ministre des Affaires étrangères turc, Mevlüt Çavusoglu. Le Président Erdogan a tenu des propos choquants envers l’Allemagne et les Pays-Bas en qualifiant ces pays de « fascistes » en raison de leur refus de tenir des meetings pro-Erdogan en faveur du changement constitutionnel.

Comment cette crise diplomatique s’inscrit-elle dans la stratégie d’Erdogan ? En effet, cette escalade des tensions témoigne d’une part de la dérive autoritaire d’Erdogan et d’autre part, d’un manque de cohérence entre les pays de l’Union européenne à apporter une réponse commune et harmonieuse aux dérives du président turc.

Cherif Abou Eich*

La dérive du Sultan Erdogan

Depuis la tentative ratée du coup d’État militaire en Turquie, l’État d’urgence est déclaré. Les purges effectuées à la suite de cet incident ont permis à Erdogan de s’accrocher davantage au pouvoir en piétinant chaque jour sur la constitution turque dans le but de transformer le système actuel, parlementaire, en un régime présidentiel rigide.

Un premier pas vers la transformation institutionnelle a été franchi en janvier dernier. À ce moment-là, la vie politique a subi un coup de matraque, concédant au gouvernement de Binali Yildirim l’acquisition de deux tiers des voix du parlement, nécessaire à la soumission du changement constitutionnel par référendum le 16 avril prochain.

Or, la crispation grandissante à l’intérieur du pays inquiète le gouvernement actuel en raison de l’issue incertaine du référendum. À cet égard, le Parti de la justice et du développement (ou AKP) s’est lancé dans une campagne pro-référendum et pro-Erdogan dans le but de sensibiliser l’électorat turc en Europe et de garantir que le « oui » l’emporte. Toutefois, la tenue des meetings pro-Erdogan dans plusieurs pays d’Europe a suscité des tensions entre la Turquie et plusieurs de ses voisins européens comme l’Allemagne, l’Autriche, et les Pays-Bas qui ont fait part de leur refus quant à la tenue de meetings pour le changement constitutionnel.

La structure politique turque a été instaurée par le fondateur de la Turquie moderne, Mustafa Kemal Atatürk, en 1923. Dans un contexte régional et international incertain, le gouvernement du AKP justifie cette transformation par la menace terroriste de Daesh et la rébellion kurde dans le pays.

Les positions divergentes de l’Europe

L’Allemagne, l’Autriche, les Pays-Bas et la Suède en affichant leur refus consolident leurs positions communes face à leur rejet de s’immiscer ou de favoriser un camp par rapport à un autre dans des questions internes à la Turquie. Formant un bloc commun, la position de ces pays a été cohérente et harmonieuse.

Ainsi, à la suite du refus de l’atterrissage de l’avion du ministère des Affaires étrangères turc, Mevlüt Çavusoglu et de l’expulsion des Pays-Bas vers l’Allemagne de la ministre de la Famille, Fatma Betul Sayan Kaya, le président Recep Tayyip Erdogan s’est lancé dans une spirale de propos dégradants envers ces pays de l’Europe de l’Ouest.

Toutefois, la France est le seul pays qui a accepté la tenue de ces meetings, notamment à Metz, et cette acceptation du président Hollande a été critiquée par quasiment tous les candidats à l’élection présidentielle. Sachant que la communauté turque est plus importante dans les autres pays qu’en France, il est peu probable que ces rencontres permettent au président turc de changer la donne. Ces rencontres s’inscriraient-elles dans une volonté française d’apaiser les tensions entre l’Europe et la Turquie ou seraient-elles un indice de l’incohérence et de la division au sein des pays de l’Union européenne?

Quoi qu’il en soit, l’escalade de ces conflits intervient dans un contexte difficile où le récent accord implémenté entre la Turquie et l’Union européenne concernant l’accueil des réfugiés sur le territoire européen serait en quelque sorte menacé. De plus, en aggravant la crise, le président Erdogan mettrait définitivement un terme à l’adhésion de la Turquie au sein de l’Union européenne. Quant aux bénéfices, cette stratégie utilisée de la part du Sultan en diabolisant les pays de l’Union européenne s’inscrit dans une volonté de séduire les diasporas turques dans le vieux continent, mais également le peuple turc en se montrant seul dans cette bataille face à l’Europe.

*Cherif Abou Eich est étudiant à la maîtrise en sciences politiques à l’Université de Montréal

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