Terrorisme, islamophobie et discours racistes

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Credit photo : ICI Radio Canada

Sans aucun doute, l’attentat terroriste envers la mosquée Sainte-Foy a profondément touché le Québec. On pensait toujours que le terrorisme était éloigné de notre chère province, que celui-ci était propre aux pays du Moyen-Orient, et dans une moindre mesure aux pays de l’Europe occidentale. Le terrorisme est bel et bien réel dans notre société et il faut le combattre.

Toutefois, comment expliquer que le terrorisme soit arrivé chez nous ? Pour répondre à cette question, nous procédons en trois temps. Après une mise en contexte historique, nous soulignons les éléments d’analyse pertinents dans les contextes américain, canadien et québécois, pour dans un dernier temps déboucher sur notre conclusion.

Cherif Abou Eich*

Le renouement raciste

Les politologues et les économistes font consensus sur la montée importante des partis conservateurs depuis 1980 en Occident[1]. Nous voilà, 35 ans plus tard, avec vraisemblablement le même scénario qui se reproduit : une victoire du populisme de droite aux États-Unis, la défection du Royaume-Uni de l’Union européenne et une forte montée de la droite et de la droite populiste dans les intentions de vote aux présidentielles Françaises et Allemandes. Ils ont pour dénominateur commun : une lutte contre l’immigration, notamment musulmane.

L’évènement de Québec s’inscrit dans un contexte global que nous appellerons « le renouement raciste ». La progression fulgurante des partis populistes inquiète, non seulement nos élites politiques, mais aussi les minorités présentes dans nos sociétés démocratiques.

L’insécurité aux États-Unis

La plus récente forme de racisme émane de nos voisins américains à travers le Muslim Ban. Il n’est pas question ici de parler de l’irrationalité du décret et qu’il transgresse la constitution américaine, mais du climat de peur ainsi que la fureur alimentée au niveau international.

Trump n’est pas un président quelconque, c’est le président du pays le plus puissant au monde, à la fois sur le plan économique, politique et militaire. Ce poste d’envergure se doit d’être occupé par une personne consciente des répercussions que les mots peuvent avoir sur les autres. Les propos dégradants tenus à l’encontre des différentes minorités et communautés ainsi que le « Muzzie » ban sont considérés comme une terre fertile pour les groupes et partis extrémistes.

Nombreux sont les partisans du président américain qui évoquent la « sincérité » de sa personne et la fin du « politiquement correct ». Il faut comprendre que l’administration actuelle ne fait qu’alimenter les divisions au sein de la société. Pointer du doigt de manière constante une communauté particulière, en l’occurrence les musulmans, comme uniques responsables des malheurs américains, mais également du monde, est voulu de la part des groupes radicaux afin de justifier d’éventuelles attaques.

Maintenant, jetons un coup d’œil sur quelques statistiques américaines pour illustrer notre argument. Le « fact checking » qui a été au cœur de la campagne présidentielle américaine est une méthode rapide et efficace pour s’assurer de la validité des informations évoquées par un politicien. Selon le Département d’État américain[2], entre 2001 et 2014, les attentats terroristes aux États-Unis ont fait 3412 victimes, incluant celles des évènements du 11 septembre. Au courant de la même période, environ 440,000 personnes sont décédées par les armes à feu (homicides et suicides). Avec de simples calculs mathématiques, les attentats terroristes aux États-Unis sont responsables de 0.7% des décès enregistrés sur la même période. Frappant, n’est-ce pas ? Eh bien, pas pour l’administration actuelle.

Sortir de ce cercle vicieux implique une prise de conscience réelle de la part des décideurs publics américains. Mais comment cela est-il possible si cette conscience rentre en conflit avec les intérêts électoraux ?

Le Canada et le Québec

Durant les dernières semaines, un débat vif sur une motion déposée par le gouvernement Trudeau divise les députés de la Chambre des communes. Cette motion, dite motion M-103[3], porte sur le racisme et la discrimination religieuse systémiques, et met une emphase particulière sur la condamnation de l’islamophobie au Canada. Les conservateurs jugent cette motion comme une atteinte à la liberté d’expression, et disent vouloir s’attaquer au racisme systémique en général à travers une définition plus large plutôt que d’insister sur l’islamophobie.

Il faut dire qu’au Québec la notion de racisme et d’islamophobie diffère en quelque sorte du continent européen[4]. Alors qu’en Europe le racisme est plutôt postcolonial, au Québec il prend la forme d’un scepticisme et d’une hostilité envers les religions de manière générale et plus précisément contre les musulmans. La mouvance des groupes radicaux importés depuis l’Europe, tels que PEGIDA, les Soldats d’Odin ou encore un groupe québécois comme La Meute, joue beaucoup sur l’association de l’Islam comme religion aux groupes politiques islamistes. Cet amalgame impliquant le mépris constant d’autrui constitue le premier pas vers le racisme où l’emphase est portée sur la culture archaïque ou dépassée que portent les individus de confession musulmane.

Une gifle synonyme d’énergie et de réveil

Ainsi, cette tragédie que nous avons connue à Québec est le résultat d’une instrumentalisation continue de la peur pour des fins politiques. Elle a été au cœur des médias ces derniers temps, en mettant l’emphase sur la différence d’autrui, mais également de la menace qu’il pourrait présenter à la société. L’administration américaine actuelle à travers Sean Spicer[5], le porte-parole de la Maison-Blanche, a bien veillé à instrumentaliser l’attentat terroriste à Sainte-Foy pour justifier le décret présidentiel contre les ressortissants de sept pays d’Afrique et du Moyen-Orient. Ainsi, il serait plus judicieux de s’attaquer aux problèmes réels qui nous divisent, au racisme, à la montée de l’intolérance et de la méfiance vis-à-vis d’autres groupes ou minorités, plutôt que de mettre tous nos problèmes sur le dos d’une communauté en particulier. C’est juste trop simple.

*Cherif Abou Eich est étudiant à la maîtrise en sciences politiques à l’Université de Montréal

Notes :

[1] Krugman, Paul. End This Depression Now. W.W Norton & Company, 2012.

[2] “Centers for Disease Control and Prevention.” Atlanta, GA: U.S Department of State, 2014. https://www.cdc.gov/nchs/data/nvsr/nvsr65/nvsr65_04.pdf.

[3] “Private Members’ Motion.” Parliament of Canada, February 15, 2017. http://www.parl.gc.ca/Parliamentarians/fr/members/IqraKhalid(88849)/Motions?sessionId=152&documentId=8661986

[4] Leroux, Georges. “L’islamophobie Au Québec.” Revue Relations, March 2013. http://www.cjf.qc.ca/fr/relations/article.php?ida=3089.

[5] “La Maison-Blanche cite la fusillade à Québec pour justifier ses politiques.” La Presse, January 30, 2017. http://www.lapresse.ca/international/etats-unis/201701/30/01-5064576-la-maison-blanche-cite-la-fusillade-a-quebec-pour-justifier-ses-politiques.php.

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