Recensions de livres | #NoRules. De Frida Anbar (2016)

Écrivaine quéa77ed3_ff8a95d2d25947fbac1fa8d30aecff0dbécoise d’origine libanaise, Frida Anbar mène une carrière comme conseillère en relations internationales à l’Université de Montréal. Se qualifiant d’humaniste et grande optimiste, l’écrivaine autoéditée a dans son compte quatre romans depuis 2012. Son dernier roman, #NoRules a été lancé à l’automne 2016 et une signature de livre a été organisée à l’Université de Montréal à cet effet. Nous proposons dans les paragraphes qui suivent un résumé de ce roman que l’auteure qualifie « d’érotique intelligent ».

Par Meriem All*

En lisant le roman #NoRules de Frida Anbar, on pénètre dans un univers qui incite le lecteur, avisé ou aventureux, à lâcher prise. Pas seulement lâcher prise sur les tenants et aboutissants de l’histoire elle-même, mais sur la notion même du désir.

L’écriture de Frida Anbar est imagée, faite de pulsion, les scènes sont parfois crues, et de lyrisme, l’émotion est toujours présente. Elle peut charmer et désarçonner à la fois. Le lecteur suit l’auteur, à tâtons, en laissant tomber, au gré des pages, sa grille de lecture traditionnelle, comme autant de verrous éclatés. Car il n’y a rien de plus déroutant dans la vie, comme en littérature, que le désir. Aucune règle n’est valable à suivre en la matière, pour un esprit libre, on s’entend ! Frida Anbar l’a bien compris et en joue à souhait pour démêler les fils d’une histoire impossible, entre une jeune avocate montréalaise d’origine libanaise et un avocat québécois réputé.

Dès les premières pages, le monde juridique dans lequel évoluent les deux protagonistes sert de prétexte à leur rencontre. Luc Grandbois et Sara Anis, ont chacun un parcours professionnel brillant.  Ils sont beaux, jeunes et accomplis. Cependant, derrière leur existence lustrée, se cache un gouffre affectif.  Leur premier rendez-vous d’affaire se transforme, par le seul charme de sa mèche brune, en une transgression pour Sara qui accepte la proposition indécente de Luc, celle de le suivre dans son monde fait uniquement de plaisirs charnels, excluant la permanence des liens ainsi que la concrétisation possible de l’amour. #NoRules.

Le décor ainsi planté par Frida Anbar laisse présager les nombreux défis, pour ne pas dire tabous, auxquels Sara devra faire face. Fille de bonne famille, comme on dit dans la culture orientale, encore célibataire à l’âge de 33 ans, elle doit se conformer à l’exigence sourde, de toute une famille, celle de se marier un jour, de vivre raisonnablement sa vie pour les autres, plutôt que de la vivre follement pour elle-même.

Très vite dans sa relation avec Luc, le « bon sens » est évacué par la jeune fille. Succombant à la tentation de la chair et à l’ardent appel du désir, Sara choisit définitivement d’exister telle « une femme qui émerge de la profondeur de sa nuit et qui fait face à sa vraie nature ». Laquelle ? Le lecteur en décidera. Mais en s’affirmant dans son plaisir, le cœur de Sara est rattrapé par l’ordre des choses dans nos sociétés, celui de l’unicité, vouloir posséder cet homme qui l’a révélée à elle-même et aux autres. En contravention du #NoRules, elle se heurte au monde cloisonné de Luc, dont la jouissance, tantôt douce et sereine, tantôt violente et crue, gouverne l’instant présent, uniquement. Sans exclusivité, inévitablement.

La libération des corps constitue la trame factuelle du roman, mais il y a aussi, la délivrance des esprits de leurs illusions pour atteindre leur vérité. Ainsi, si Luc permet à Sara de s’alléger du poids des convenances sociales libanaises, saura-t-elle, à son tour, le délivrer de ses démons et panser ses blessures d’enfance ? Sara se débat face un homme qui lui offre sa résignation en partage. Il lui dit qu’il ne lui doit rien ! En femme libre, elle renonce à chercher la cohérence de son amour, décide de s’arracher à sa dépendance ; car elle comprend à ce stade de l’aventure qu’elle veut quelqu’un pour elle « et non pas d’un fantôme dans un miroir ».           

Tout au long du roman, Frida Anbar met en relief la dualité des cultures, occidentale et orientale, québécoise et libanaise. Les différences deviennent des évidences, malgré l’apparence lisse des personnages.

À travers l’exploration de sa sensualité et de sa féminité, l’héroïne essaie tant bien que mal de déterminer son identité, cherchant un équilibre dans une marre de contradictions. Une identité multiple propre à tous les migrants. C’est pourtant au Liban, au terme d’un voyage impromptu et bouleversant, que Sara se réconcilie avec elle-même, rassure ses parents, et affirme encore plus sa liberté. Si Frida Anbar est moins généreuse dans la description des lieux à Montréal, elle aime en revanche décrire son Liban. Un retour aux sources aussi bien pour l’auteur que pour son héroïne. L’odeur des fleurs d’oranger est enivrante et le bruit de la mer apaisant. Le Liban sied à merveille à Sara comme un vêtement dans lequel elle s’y enveloppe. Pour la première fois, elle se sent responsable de son bonheur. S’offrant à l’amour confiant du général Walid, elle laisse sa passion pour Luc fondre dans sa mémoire. Mais on ne sait jamais avec Frida Anbar si l’amour est unique ou multiple?  

Dans #NoRules, les personnages de Frida Anbar se laissent porter par le souffle du désir car « c’est la vie qui décide. On cherche toujours à la dompter et c’est elle qui nous domine ». Il faut donc lâcher prise!

#NORULES. De Frida Anbar (2016) Québec : © Frida Anbar, 183 pages.  http://www.fridaanbar.com

*Lectrice gourmande, diplômée de l’Université de Montréal

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